L’instinct du terrain et la passion du produit
À 57 ans, Jean-François incarne la mémoire et l’expertise du secteur des fruits et légumes chez LM. Responsable d’achat aguerri, il a vécu la transition d’un commerce au « feeling » vers une ère de planification millimétrée, sans jamais perdre le contact avec la terre qui l’a vu grandir.
Un destin forgé dans la terre
Rien ne prédestinait Jean-François aux bureaux de la logistique, si ce n’est son amour des produits. Quittant l’école à seulement 12 ans et demi, il fait ses premières armes directement dans l’agriculture. Jusqu’en 1989, il travaille au cœur des exploitations, pensant y faire toute sa carrière.
Le tournant s’opère sur les étals du marché de Saint-Pierre en 1988. Une intuition le frappe : et pourquoi ne pas passer de l’autre côté ? De vendeur à acheteur, il n’y a qu’un pas qu’il franchit. Repéré par un grossiste lors du Florilège, il gravit les échelons, de planteur à acheteur, avant de rejoindre LM le 26 janvier 1997. Une maison qu’il n’a plus quittée depuis bientôt 30 ans.
L’art de l’anticipation
Si l’époque du « feeling » des années 90 est révolue, Jean-François a su adapter son flair aux outils modernes. Aujourd’hui, son quotidien est une course de fond contre l’imprévu :
• La rigueur matinale : Validation des flux de la veille, correction des erreurs, gestion de la répartition, et contrôle strict de la qualité au picking.
• Le terrain avant tout : Malgré ses responsabilités, il s’astreint à une visite de terrain toutes les deux semaines et se rend au marché de gros les lundis et mercredis. Observer la « liquidation » des produits sur les étals est pour lui le seul vrai indicateur du marché.
• La planification : En collaboration étroite avec les techniciens, il établit des plannings de production sur 1 à 2 mois. Son défi ? Anticiper les besoins du lendemain tout en gérant les aléas climatiques (cyclones, sécheresses) qui restent les seuls maîtres du jeu.
Témoin d’une révolution agricole
Jean-François est le narrateur d’une époque de sacrifices. Il se souvient des années 90 sans aucun jour de repos, des journées de 17 heures commençant à minuit pour se terminer le lendemain soir.
« Le marché a changé, le consommateur a changé, et les producteurs se sont professionnalisés. »
Il observe avec satisfaction la modernisation des exploitations : des agriculteurs plus professionnels, mieux équipés, et une offre qui se renouvelle sans cesse. Pourtant, il reste lucide sur les défis actuels, notamment le manque de main-d’œuvre qui pénalise les agriculteurs lors des commandes de dernière minute.
L’homme de la cadence
Ce qui anime Jean-François après trois décennies ? Tout. Il aime la cadence, le contact humain avec les producteurs et cette adrénaline liée à la gestion des stocks (entrées/sorties). Chez LM, il n’est pas seulement un acheteur ; il est le pont indispensable entre la terre réunionnaise et l’assiette du consommateur.